2026. Voilà. Ça y est. La décision est prise.
Trois mois. Trois putains de mois à pied, comme des vrais damnés de la route, des pèlerins sans Dieu, des fous furieux qui croient encore que le monde se parcourt autrement qu’en cliquant sur une carte. Trois mois pour fêter les vingt ans de la Vieille Salope – oui, ma sclérose, cette garce tenace qui m’a collé aux basques comme une ombre maléfique, mais qui m’a aussi appris à marcher autrement. À marcher vraiment.

On partira des Alpes. Pas à vélo, non. Pas cette fois. Les Alpes, c’est pour les jambes, pour le souffle qui brûle, pour les genoux qui tremblent et les mollets qui hurlent. On descendra la Via Francigena, cette vieille route qui serpente comme une cicatrice vers Rome. Rome, putain. La Ville Éternelle. Comme si on avait besoin d’éternité, nous autres, les Terr’Ailleurs, les nomades à durée déterminée. Mais Rome, c’est un symbole. Un point sur une carte, une promesse de vin rouge, de pâtes al dente et de fontaines où se laver des poussières du chemin.
Béa sera là. Son patron a déjà hoché la tête, même si on a dû un peu forcer. La nuque était un peu raide. Trois mois, il n’était pas forcément chaud, mais c’était ça ou « adieu fillette » … Béa, elle, était plus que chaude. Forcément. C’est même elle qui a eu l’idée. Elle aussi, elle sent que c’est le moment. Le moment de troquer les pédales contre des semelles, de remplacer le vent dans les oreilles par le claquement des bâtons sur les cailloux.
Et puis il y a le blog. Ce vieux machin poussiéreux, ce carnet de route qu’on a laissé moisir comme une bouteille oubliée au fond d’un placard. Les Terr’Ailleurs, ça mérite mieux que le silence. Trois mois de marche, trois mois d’histoires à raconter, de rencontres à gratter sur le papier, de paysages à décrire entre deux jurons et trois verres de rouge. Parce que si on fait ça, c’est aussi pour ça : pour en garder une trace, une preuve qu’on a encore osé. Qu’on a encore bougé, malgré la Salope, malgré les doutes, malgré tout ce qui nous dit de rester assis, bien sages, à attendre que la vie passe comme un mauvais rêve.
Alors voilà. On y va. À pied. Comme des cons. Comme des héros. Comme des Terr’Ailleurs, quoi.

Maintenant, il ne reste plus qu’à marcher. Et à écrire. Et à boire un coup à chaque étape, parce que même les saints, même les déchus, ont besoin de se saouler de temps en temps.
Départ prévu, 22 août 2026. On compte sur votre curiosité les Poucaves.
Alors… ? C’est pas une bonne année qui s’annonce ça ?