Amistad : 3771 km

MONTAGNE , DESERT, FILS CACHE et RONDS DE CHAPEAU

 

TEXAS – 3 771 Km (distance cumulée depuis Miami…)

  • 11 Avril : Austin – Pedernales (SP) ; 66 km ; D+ 814m
  • 12 Avril : Pedernales (SP) – Bluementhal ; 63 km ; D+ 639m
  • 13 Avril : Bluementhal – Ingram ; 62 km ; D+ 310m
  • 14 Avril : Ingram – Last Maples (SP) ; 74 km ; D+ 719m
  • 15 Avril : Last Maples (SP) – Leakey (Les 2 Pics) ; 35 km ; D+ 480m
  • 16 Avril : Leakey – Uvalde ; 66 km ; D+ 289m
  • 17 Avril : Uvalde – Fort Clark Springs ; 77 km ; D+ 373m
  • 18 et 19 Avril : Fort Clark Springs -Amistad ; 72 km ; D+ 217m

 

AH ! AH ! Ami follower ! Observateur sans faille que tu es, tu as bien sûr remarqué le « D+ » qui termine désormais chaque ligne de l’itinéraire. Je préciserai simplement pour les plus « calamitys » d’entre vous que cela représente la Dénivelé positive… en mètre, bien sûr…

 

Les CHALLENGES !

 

  • Pour Dom et Cathy, mais aussi pour le grand Vince, la statue de SRV, à Austin :

 

  • Pour JMiche, un truc « doux pour la planète » de plus… (Bon, on n’est pas sûr que cela ne dérange pas les zones de nidification des Urubus, que cela n’est pas sur un couloir migratoire de papillons, ou autre désagrément, mais à priori, ça semble doux…)

 

  • Pour Fred, bon, on triche… On transforme le burger de 500g demandé en pizza d’1,7 kg… Mais bon, c’est l’esprit et le cholestérol qui comptent…

 

Ces quelques jours à Austin n’auront finalement pas été si reposants. On a tellement cavalé à pieds dans les différents quartiers de la ville, qu’on a des courbatures aux muscles devant les tibias. C’est là qu’on se rend compte que vélo et marche à pieds, ce ne sont pas les mêmes muscles qui travaillent.

Nous remontons sur nos vélos quatre jours plus tard et les difficultés commencent dès les premiers kilomètres, puisqu’on se tape régulièrement des gros coups de cul. En 30 kilomètres, on passe d’un paysage très verdoyant à une contrée semi-aride avec de l’herbe sèche et des arbres un peu rabougris. On se tapera alors 860m de dénivelé pour une étape d’une soixante de kilomètres pour arriver au Pedernales State Park.

 

A l’entrée du parc, le ranger nous demande :

  • Vous êtes cyclistes ?
  • Ben oui.
  • Alors vous pouvez vous installer sur les emplacements 6, 7, 9 ou 11
  • Ok, on vous doit combien ?
  • Ah bon, c’est gratuit pour les cyclistes ?
  • Non, mais quelqu’un à payer pour vous
  • ??!!??

Dans ces cas là, mieux vaut ne pas trop chercher à comprendre et profiter de notre bonne étoile. Après une effroyable grimpette, on s’installe finalement sur l’emplacement 7. Au bout d’un quart d’heure, d’autres cyclistes arrivent et s’installent à coté de nous. Au bout d’un moment, l’un d’eux vient nous voir et s’étonne de nous voir installer sur LEUR emplacement. On ne comprend rien à l’histoire. On explique au cycliste  que le ranger nous a donné le choix entre quatre emplacements. Finalement, l’organisateur du club cycliste arrive et soudain tout s’éclaire. C’est un groupe vélos de l’association Adventure Cycling (la même qui édite nos cartes). Ils font la Southern Tier de l’ouest vers l’est et ont réservé quatre emplacements pour ce soir. Le ranger a pensé que nous faisions parti du même groupe. Le gars nous explique que les emplacements sont tellement vastes, que nous pouvons prendre l’un des leur. Ah ben, merci gars. Allez bim, une nuit gratos.

 

Pierrot, 8h30 : « Attends, il fait gris, je m’arrête pour allumer ma lampe arrière… »

Béa : « NAN ! Pas la peine, j’ai déjà la mienne… »

 

Béa, 8h32 : « Pis si la mienne est déchargée, je prendrais la tienne… »

 

On est trop crevé pour visiter le parc. Pourtant il y a plein de parcours de randonnée et a priori il y a une chouette rivière en contrebas, mais on ne peut plus bouger de nos fauteuils. Du coup, c’est le parc qui vient à nous. Alors qu’on était en train de préparer l’étape du lendemain, un jeune faon vient brouter à 10m de nous. Nous mangeons très tôt et nous écroulons comme deux souches à 19h30.

Vers minuit, je suis réveillée par quelque chose qui se prend les pieds ? les pattes ? les tentacules ? dans les tendeurs de la tente. La toile bouge dans tout les sens. Je fais un bond terrible dans le lit. A côté de moi, j’entends la respiration régulière de Pierrot qui dort comme un cycliste éreinté. Super, on se sent en sécurité… Pour ceux qui n’ont jamais campé, sachez que la tente est constituée d’une chambre fermée avec de part et d’autre deux absides dans lesquelles nous entreposons les sacoches. Je me rallonge et j’entends à une vingtaine de centimètres de ma tête une respiration rauque. Soudain, j’entends gratter sur ma sacoche. Euh, là je commence à flipper quand même, je tâtonne dans le noir pour essayer de trouver la lampe électrique qui est toujours rangée du côté de Pierrot, qui finit finalement par se réveiller dans l’opération. Je braque le faisceau lumineux dans l’abside rien. Je me recouche. Dix minutes après, ça recommence. Le sketch du grattage de sacoches et de la lampe électrique se répètera une paire de fois, avant que je finisse par voir une patte noire qui passe sous la tente, puis un peu plus tard un petit museau blanc et marron. Ce sont les racoons (c’est-à-dire les ratons laveurs) qui sont en train de faire une opération punitive dans le camping. Ils sont à peine effrayer par la lumière et viennent à intervalles réguliers essayer de défoncer ma sacoche de bouffe. Finalement, c’est peut être aussi la poubelle entreposée à côté de la dite sacoche qui les attire. Du coup, je me retrouve en slip dans le camping, en pleine nuit avec un ciel étoilé comme rarement j’ai pu voir, en train d’essayer de suspendre la poubelle en hauteur. Je crois avoir gagné la partie puisqu’on aura un répit de 30 minutes qui me permettent de me rendormir. Puis la bestiole revient en lançant un grognement de désappointement car ça ne sent plus le poulet et l’ananas. Sans déconner, un grognement de racoon en pleine nuit à vingt centimètres de ta tête, c’est super impressionnant. Par trois fois, je verrais dans le faisceau de la lampe, le raton laveur qui passe carrément la tête sous la toile de la tente en me regardant de son air ahuri. C’est vrai qu’au début, j’avais un peu tendance à faire « oh, trop cool de voir un racoon vivant et d’aussi près », mais au bout de quatre heures, j’avoue que la bestiole commençait à me taper sur les nerfs et à me dire : « un bon racoon est un racoon mort ». Bref, on n’aura pas beaucoup dormi dans l’affaire et résultat des courses, la bestiole aura finalement réussi à nous tirer le restant du pain de mie et à faire un trou dans la tente avec ses dents ou avec ses griffes. En prenant notre petit déjeuner le matin, on verra un coyote rôder sur l’emplacement en face du notre. Terrible ce state park.

Le lendemain, alors que nous tentions de trouver un endroit pour nous restaurer pour la pause de midi, on voit deux cyclistes pédalant comme des dingues vers nous. C’est Jesse et son pote d’Austin qui fait un bout de route avec lui. Il a une patate du tonnerre et on n’essaie même pas de suivre leur rythme du coup on se perd rapidement de vue. On croise de nombreuses maisons viticoles, il y a pas mal de vignes dans le secteur. On  a gouté un muscat texan. Mouais, pas lieu de se relever la nuit.

La nuit au camping, on se prend une tempête terrible. J’ai un peu peur que la tente n’y résiste pas car ça bourrasque vraiment très fort. D’ailleurs, le lendemain, on verra un gros arbre tombé sur la route.

Si la Louisiane a gardé un fort héritage français, le Texas quant à lui, en a un germanique. On passe à Fredericksburg, ou le panneau de bienvenue ne mentionne pas « Welcome », mais « Willkommen ». On voit des drapeaux allemands aux façades, l’architecture a quelque chose d’outre Rhin. Les noms des rues et des gens ont des consonances allemandes. Héritage d’une vieille colonisation germanique sur le secteur. Rappelons fort à propos, que le hamburger est un sandwich originaire de Hambourg. Il n’est pas rare d’ailleurs qu’on nous prenne pour des allemands et les gens s’étonnent qu’on soit français, car ils en voient rarement. C’est vrai qu’on avait un a priori un peu négatif sur cet état. Et pourtant, le Texas offre des paysages exceptionnels surtout à l’ouest d’Austin. C’est relativement vert et montagneux. Les gens sont super accueillants même si j’ai vraiment beaucoup de mal à les comprendre avec cet accent  à couper au couteau.

La route longe la Guadalupe River. Elle serpente gentiment entre les collines, puis rapidement, ça devient canyon. C’est magnifique comme à chaque fois qu’il y a du relief, mais on en chie.

Ca faisait plusieurs jours que je trouvais mes passages de vitesse plus qu’approximatifs. La veille au soir, Pierrot tente de régler mon dérailleur, mais sans grande conviction. Je le vois bien que ça le gonfle mes problèmes mécaniques. En plus, le pas de vis du système de freinage arrière a rendu l’âme. Du coup, on a du mettre un petit bout de ferraille pour bloquer la mâchoire et empêcher le patin de frein de venir frotter la jante. Il vaut donc mieux éviter de freiner de la roue arrière. Et ça, juste avant une étape de montagne, je suis ravie. Mais je m’égare. Arrive enfin le jour tant redouté du franchissement des deux cols (voir la vidéo « relief » du précédent article). Au pied de la première bosse, comme d’habitude je prends de l’élan puis commence à jouer du dérailleur pour baisser dans les rapports, et là, PAF ! Manette de dérailleur toute molle. Je crie à Pierrot de continuer sa route on s’attend en haut. Je pousse donc mon cheval mort de 40kg sur cette rampe à 15%. Il n’est que 9h, mais je cuis. Je cale la roue arrière sur une pierre le long de la route pour enlever manche longue, collant et pisser. Il faut s’alléger le plus possible. Et je pousse, les sacoches se prennent dans mes jambes, la position n’est pas confortable du tout, et rapidement ça fait mal aux bras. J’avance de 50m, m’arrête pour reprendre mon souffle, refais 50m, bois un coup. C’est interminable. J’arrive enfin au sommet. Pierrot jette un œil à mon vélo. C’est le câble du dérailleur qui est cassé. La misère … !!! Fort heureusement, nous en avons un de rechange dans la trousse de réparation. Pierrot tente un « il va me falloir des heures pour réparer, je ferais ça ce soir à l’étape. Sinon, on ne sera jamais à Leakey pour midi ». Ben voyons, surement que je vais me taper la deuxième bosse sur le petit pignon et pousser le vélo pendant 15 bornes. Effectivement, ça prendra bien une heure pour changer le câble et régler le dérailleur, surtout que dans un geste brusque, j’ai fait tomber dans l’herbe les petites pièces métalliques qui se trouvent entre la manette et le câble. Hihihihi, qu’est ce qu’on a ri …

Bref, je vous laisse imaginer l’ambiance dans l’équipe Terr’Ailleurs et nous finissons par reprendre la route. La vache, j’ai l’impression d’avoir un vélo tout neuf. On se bouffe donc la deuxième bosse. Les cuisses chauffent, c’est dur, c’est très dur. On en chie, mais quand on arrive au sommet, on est très fiers de nous et en plus c’est super beau.

 

 

Les 2 Pics, version bleue, explications sur les difficultés et ressentis ascensionnels  

 

 Voilà, c’est la journée… On y est…

Jusqu’à présent – depuis Austin, particulièrement – nous avons eu des méchantes journées de grimpette, mais pas encore de longues montées, pas encore de cols.

Pourtant, depuis Austin, j’en bave… J’en bave des ronds de chapeau… J’en bave meuh-meuh… J’en bave ta race… J’en bave du crapaud n’atteint pas l’aile de la blanche… euh… enfin, bref, j’en chie quoi ! J’en chie des bulles, j’en chie dur, j’en chie grave, j’en chie des ronds de chapeau (Ouais, ils servent aussi à ça les ronds de chapeau, ils sont hyper polyvalents, tiens, ne dit-on pas « en manger son rond de chapeau » ou « à rond de chapeau donné, on ne regarde pas les dents », ou « il ne faut pas vendre la peau du rond de cha… euh… ne pas vendre la rond de cha peau… ouais, c’est ça… »)

Bon, tout ça pour dire que c’est extrêmement difficile depuis Austin, et même un peu avant. Pourquoi ? A cause du dénivelé, bien sûr, mais pas seulement, alors voilà une petite explication sous forme de… LISTE A PUCES !!!

 

  • Le relief: Commençons donc par le dénivelé, puisqu’on en parle… Sachez déjà que pour nous, les Terr’Ailleurs, une étape est classée « étape de montagne », c’est-à-dire bien grimpante, à partir du moment où on grimpe 10 m par km, c’est-à-dire 100 m pour 10 km. Ainsi, une étape moyenne de 70 km sera classée « de montagne » si elle se solde par peu ou prou 700 m de dénivelé positif.

D’autre part, il y a relief et relief. On peut grimper 700 m comme qui rigole en pédalant toute la journée sur une longue rampe hyper régulière à 13 km/h, sans taper dans le bonhomme. Mais on peut aussi faire le plus gros de ces 700 m sur de courtes distances : des pics. C’est ce que nous racontons dans cet article, 2 pics d’environ 200 m d’ascension chacun sur 2 ou 3 km. Mais ce n’est pas le pire. Le pire, c’est LE PROFIL A BOSSES ! Et c’est ce profil à bosses que nous avons mangé depuis Austin, et qui nous a tué les jambes et le mental… Dans un profil à bosses « de montagne », tu te manges une montée bien sèche, de 8 à 12 % en général, mais assez courte, moins de 500 m… Tu arrives en haut, les cuisses explosées, et là, ça redescend… Cool direz-vous ! Que nenni ! Tout faux ! C’est affreux ! Une petite descente assez pentue qui fait perdre presque toute l’altitude gagnée précédemment ! Ca flingue le moral ! Tu grimpes 30 m, tu te tues les jambes, et tu en reperds 25 aussitôt après ! Horrible pour le mental… Mais aussi horrible pour le physique, parce que quand tu arrives en haut de la bosse, tes jambes sont un peu ankylosées, pleines de toxines, grosses, lourdes, douloureuses… Bref, elles ne peuvent plus tourner tout de suite… Besoin de quelques secondes de repos… Allez, c’est reparti ! Seulement, tu es déjà en bas de la petite descente, tu n’as pas pris assez d’élan pour gagner les premiers mètres sans efforts, tu n’as même pas savouré la descente, et Fucking Blue Dog ! tu es déjà dans la montée ! Et là ! C’est l’enfer, parce que tes muscles se sont détendus 5 ou 10 secondes, qu’ils sont tout flapis, encore pleins de toxines, et BAM ! Tu retapes dedans ! Dans le dur ! Tu forces cash sur du 10% de pente ! Et ça fait mal ! Mal ! Mal ! Fucking pute de mal ! T’en chialerais ! Putes de bosses ! Alors effectivement… Ouais… Les Pics… Les Pics, je les attends… Ca ne peut pas être pire que les bosses. Ca ne peut pas être pire que les bosses ? Non ??? Si ???

  • Le vent: Le vent est un mouvement de l’air se déplaçant des zones de hautes pressions vers une zone de basses pressions et se dirigeant toujours dans la direction opposée à la vôtre.

Bon, c’est vrai que, forts de notre expérience sud-américaine, on se disait qu’après la Pampa argentine, les autres vents ne seraient désormais à nos yeux que de gentilles petites brises, à peine rafraichissantes… Erreur…

C’est vrai que, bizarrement, on a eu pas mal de pot sur le début du voyage avec souvent du vent de côté, parfois dans le dos et parfois de face, équitablement… Ce vent était « modéré », de 20 à 40 km/h, en rafales le plus souvent. Sur du plat, c’est casse pieds, mais pas dramatique.

Seulement, depuis que nous avons commencé « la montagne », le vent a décidé de devenir « fort » (30 à 60 km/h) et de souffler méchamment en rafale dans notre gueule… Et là, ce n’est pas la même ! Imagine : tu commences à trouver ton rythme dans la bosse à 10%, et BAM ! Rafale de vent ! Tu es à l’arrêt ! Obligé de jouer du dérailleur ! Forcer sur les cuisses pour repartir ! Guidonner comme un cinglé pour ne pas te casser la gueule ! Te foutre dans le fossé ! Et tout un tas de désagréments inattendus et moyennement festifs…

Bref, le vent du Texas n’est pas  « l’horreur mortelle » du vent patagonien, mais c’est quand même un putain d’enfoiré de casse-couilles !

 

  • Le revêtement: Ah ! Ah ! Vous ne vous y attendiez pas à celui là ! Putains de routes américaines ! « Le revêtement ? Pourquoi ? Quoi qu’y ya avec le revêtement ? » direz-vous… Putains de routes américaines ! Et bien, c’est très simple ! Entre un revêtement parfaitement lisse et un revêtement hyper granuleux, on perd 20 à 25% d’efficacité ! Etonnant non ? (Testé en conditions réelles) Putains de routes américaines ! Or, il s’avère qu’aux EU en général, et au Texas en particulier, et PLUS SPECIFIQUEMENT encore sur les routes que nous empruntons depuis Austin, le revêtement est PARTICULIEREMENT granuleux !!! Putains de routes américaines ! En fait, c’est parfois tellement granuleux que j’en viens à regretter une bonne piste en terre battue… Putains de routes américaines ! Tellement granuleux que tout vibre sur le vélo et sur le bonhomme, ça fait un bruit du diable, ça fait mal au dos et aux articulations, ça fait travailler la vessie, terrible ! Putains de routes américaines !

Tiens, à titre d’exemple… Hier, ou avant-hier, je ne sais plus, on a pu comparer un morceau de route A, avec un revêtement granuleux et un vent modéré de face, et un morceau de route B, avec un revêtement lisse et un petit vent de dos… Et bien, croyez le ou non, mais sur la portion A, faux plat DESCENDANT, nous étions à 12 km/h ; sur la portion B, faux plat MONTANT, nous étions à 19 km/h ! Etonnant non ?

Putains de routes américaines !

 

Or, donc, j’arrivais au pied du premier Pic avec une furieuse envie d’en découdre ! Je voulais savoir si j’en étais encore capable ! 200 m de grimpette sur une pente raide… Est-ce encore dans mes capacités ? Dans quel état vais-je en sortir ? Vais-je devoir mettre pied à terre ? Succès ? Défaite ? Grosse claque dans la gueule ? Qu’est-ce qui m’attend ? Qu’est-ce que je vaux ? Est-ce la fin du voyage ?

Tout cela résonne dans ma tête, concert de voix dans mon crâne… Je les fais taire et donne les clés de la machine au « Cinglé Tout Fou », lui donne un petit encouragement au passage :

« Vas-y mon grand ! Si il y en a un qui peut nous amener en haut, c’est bien toi… »

Un Km de montée assez sérieuse, mais pas extraordinaire, je commence à faire le malin, et tout à coup voilà la vraie pente ! Raide comme la justice ! Droite ! Longue ! Nous sommes à son pied !

Focus, focus, focus ! Tout le mental est concentré. Rage, détermination, volonté absolue de ne rien lâcher ! Résolution inébranlable de ne pas écouter ce corps débile. C’est parti !

Béa s’arrête déjà, dès le bas… ? M’en fous. Chacun sa merde. Elle me crie quelque chose. Je ne comprends pas. M’en fous. J’appuie…

Les premiers mètres sont horribles, affreux, abominables… Le reste sera pire… On est sur du 15%, cash ! Petit plateau, grand pignon… Je suis au plus facile… Je n’ai plus de sécurité… Si ça devient encore plus difficile, je suis mort. Les cuisses brûlent dès le bas, le cardio s’affole rapidement, je frôle la zone rouge, j’ai la tête comme une cafetière, surchauffe ! surchauffe ! Putain ! Merde ! Je dépasse la zone rouge ! Trop loin, trop mal, trop dur ! Il faut s’arrêter… MES COUILLES ! Je continue…

« Abruti ! Tu as gardé ton manches longues ! » Surchauffe ! Surchauffe ! Ma tête explose ! Je ne sue pas, je ne coule pas, je ne dégouline pas… Je ruisselle… Je cascade… J’océane… Surchauffe ! Surchauffe ! Merde ! Ca y est ! Ma tête a explosée !!! Ah non… Juste un aveuglement passager…

« Abruti ! Arrête toi, c’est dangereux, mets pied à terre… »

« MES COUILLES ! Casse-toi le Pragmatique ! J’ai laissé les clés de la baraque au Tout Fou ! »

Surchauffe ! Surchauffe ! Surchauffe ! Merde, je ne trouve pas le rythme ! C’est trop pentu ! C’est foutu ! J’y arrive pas ! J’y arriverai pas ! C’est foutu ! C’est foutu ! C’est… C’est… C’est… C’est plus facile ? Putain ! Oui ! C’est plus facile ! 14% ! 13% ! Un replat ? Non ! Le haut ! 200 m de grimpés !

Putain ! Victoire ! Victoire ! Victoire trempée, victoire en surchauffe, victoire en douleur, mais VICTOIRE !!! J’ai réussi. Tiens ? Où est Béa ?

 

Bon… Quand elle est finalement arrivée en haut, elle a un peu douché mon intérieure mais immense exaltation en m’annonçant qu’il fallait que j’arrête de me pavaner, que je me retire les doigts du cul, et que je répare son vélo, correctement, cette fois-ci !

Je ne sais pas comment elle a fait pour casser son câble de dérailleur arrière en 2 endroits, ni comment elle a fait pour me perdre un jeu de petites pièces dans l’herbe, mais toujours est-il que 30 min. plus tard, son vélo était de nouveau opérationnel.

Il faut absolument penser à se réapprovisionner en câble de rechange, à El Paso…

 

Le premier Pic fut celui de la souffrance absolue et de la victoire incroyable, inattendue, solitaire, dangereuse, et presque dérangeante, le 2d Pic fut celui de la confirmation.

Il était juste un peu moins pentu… Juste un peu… Et ce « peu » suffit à faire de cette montée une toute autre aventure ! La confiance engrangée, Béa à mes côtés, un pignon de secours disponible la plupart du temps, une sélection de musiques bien choisies par le Lecteur MP3, et tout a roulé dans une « souffrance confortable », un moment beau, simple et fier…

La Vie.

 

Depuis que nous avons quitté Austin, on longe des ranchs d’une étendue incroyable. On ne sait jamais ou ça commence et quand ça finit. Dans certains d’entre eux, on voit des troupeaux de gazelles, style antilopes africaines. On hésite quant à l’utilité de ces animaux sous ces latitudes. Est-ce pour servir de cible lors de partie de chasse ou pour brouter l’herbe dans les endroits inaccessibles de la propriété, ou les deux ? Mystère.

 

LUIGI le Non-Né, où l’on découvre l’existence des réalités parallèles

 

Peut-être le savez vous, mais l’univers ne se compose pas uniquement de 3 dimensions. Les mythologies nordiques nous en parlent, il existe un nombre infini de « mondes parallèles ».

Cette strate de l’univers, qu’on peut appeler « 4ème dimension », consiste en un nombre non fini de réalités parallèles à la nôtre. Ces réalités ne s’écartent parfois de la nôtre que par quelques détails, pour les plus « proches » (terme impropre). Pour les réalités parallèles les plus éloignés par contre, d’énormes différences existent, les mers peuvent être orange, le ciel vert, les formes de vie non carbonés, ou encore, des cyclistes qui prennent le bus peuvent être considérés comme respectables…

Cette 4ème dimension n’est perceptible que par quelques êtres d’exception aux sens particulièrement développés. Vous aurez évidemment deviné que j’en fais parti. On nous traite souvent de fous, de dérangés, d’illuminés, de doux rêveurs, de zinzins, d’alcooliques hallucinés, et j’en passe… Je rétorquerai que dans un monde où tous les hommes seraient daltoniens, ceux capables de percevoir toutes les couleurs seraient vraisemblablement considérés comme fous…

Toujours est-il que, parfois, dans un demi-sommeil, ou lors d’une décorporation, dans une côte, ou encore quand les autres voix se taisent toutes en même temps dans ma tête, j’accède à certaines réalités parallèles… (tuuut tuuut tuuut ! je vous entends les médisants ! taisez-vous donc bande de daltoniens !)… Et récemment, j’accédais à une de ces réalité parallèle qui ne s’écartait de la notre que par un seul détail… un détail de 6 ans… un détail nommé Luigi… notre fils, non-né…

Tout est exactement identique à notre monde, nous faisons le même voyage, avec les même vélos, rencontrons les mêmes personnes, les mêmes ennuis, tout pareil, sauf que Luigi nous accompagne… Et régulièrement, j’entends sa voix et ses pensées…

 

J’aime pas trop ça quand Mam’ elle prend sa voix énervée pour me dire de pédaler plus fort… Mon vélo suiveur, il est super ! rouge ! comme celui de Mam’ ! mais il avance pas très vite… Et moi je peux pas tout le temps pédaler plus fort. Surtout là que j’ai pas ma forme olympique et que de qui plus est ça grimpe.

En ce moment, Papa est content parce que je fais suivre ses conseils pour mieux exprimer du recherché lingual. Il adore quand je fais mes nouvelles super phrases, tellement qu’il adore, il rigole très fort !

Moi, le Texas, je suis pas fan fan, pas comme les parents. Papa dit que j’ai le droit d’être pas toujours d’accord avec eux. C’est mon auto-détermination personnelle, comme les P’tibétains avec les Chinois, c’est Papa qui m’a expliqué mais c’est un peu convexe, ou compliqué quoi… Mais ça marche pas toujours, des fois, Mam’ elle s’énerve quand je mets mon auto-détermination pour pas manger les haricots…

  • J’en ai marre ! Je mets mon auto-détermination pour pas pédaler pendant la côte !
  • Luigi ! Pédale ! Sale fils de Terr’Ailleurs ! J’ai déjà 20 kg de bagages à traîner, n’en rajoute pas !
  • Et pourquoi Papa y peut aller à son rythme et pas moi ?
  • Ton père, il a des problèmes de santé que tu n’as pas, tu le sais ! Alors pédale !
  • Prrrrrr ! c’est toujours lui qu’a Oby…
  • Bloody hell ! Pédale !

Les parents y croient que je comprends rien quand y parlent anglais, mais en vrai, j’ai des aisances ! Comme je suis plutôt bien malin j’arrive à parvenir à de multiples résultats compréhensifs.

Par exemple, j’ai bien parvenu à deviner que « feuquine bloudog » c’est quand on est très près de quelque chose. Je le sais parce que Papa dit toujours « feuquine bloudog » quand les voitures et les camions y passent tout près de nous ! Comme par hasard.

En outre mesure, je sais aussi dire « bonjour, merci et mon nom est Luigi ». Mon père y dit toujours à ma mère : « ça claque ! il est déjà plus fort que toi » et après elle crie de façon énervée et elle s’autodétermine de mauvaise humeur.

Mais c’est vrai que des fois quand Papa et Mam’ y causent en anglais à des gens, Mam’ elle fait une drôle de tête qui veut dire : « Heu ! Pardon maîtresse ! Là j’ai rien compris »… Alors Papa y lui fait du translette. Mais bon, faut pas trop lui faire remarquer parce qu’on peut passer feuquine bloudog de la catastrophe !

 

Depuis qu’on grimpe les montagnes, y’a de plus en plus des tensions pas électriques… Quand j’autodétermine de pas pédaler, Mam’ ne me crie même plus dessus, mais elle s’arrête et me regarde de l’œil du pire effet… Et alors on marche en poussant les vélos… On sent bien que ça énerve aussi Papa, parce qu’y fait sa tête de bouillote en serrant les lèvres. Mais bon, moi j’y peux rien, j’aime pas la montagne et je sais pas encore faire marcher mon muscle de force mentale.

 

Quand on est arrivé aux 2 Pics, ça a été la sérieuse catastrophe ! Mam’ a cassé son truc de vitesses et elle pouvait plus changer le difficile-facile… Elle a crié à Papa de ne pas s’arrêter, façon actrice des théâtres tragiques qui vont mourir. Mais je sais pas trop si Papa il a compris parce qu’il avait des yeux de fou qui font peur et on aurait dit qu’il regardait à l’intérieur de lui-même… Alors on a marché et c’était vraiment super difficile ! J’ai autodéterminé de ma taire et pas me plaindre trop parce que Mam’ avait l’air feuquine bloudog du craquage ! Elle a même fait pipi dans son truc en plastique dégueu alors qu’y avait pleins de voitures qui passaient ! Quand on est arrivés en haut au bout de des heures de grimpette trop dure, Papa nous attendait avec une drôle de tête… On savait pas si il était content ou pas… Il était comme éclairé… Quand Mam’ lui a dit de réparer son vélo, y s’est vite éteint.

Mais il a réparé quand même… C’était super long ! On a attendu ¾ d’heures à cuire le soleil sur le bord de la route… J’ai un peu dit que l’endroit était pas super bien organisé, mais ils ont tous les 2 fait leurs « yeux tais-toi ou c’est la catastrophe»… On a tous fini par repartir dans la bonne humeur ! Dans la descente, j’avais ma forme olympique !

 

Des fois, Papa y chante sa bête chanson de la Trititude, et dedans, y’a des trucs que je viens de faire ou des autres trucs que je viens de dire… Mam’ et Papa ça les fait rigoler, alors je rigole aussi avec eux, mais j’ai un peu l’impression d’être le canard de la farce aux amandes…

 

On est maintenant carrément dans le désert ! Trop comme dans les films qui sont dans le désert avec des cowboys ! C’est extra bien et chaud ! Mais par contre, ça rend convexe le ravitaillage en nourriture et en boissons. C’est encore plus difficile « avec un poids mort » comme Papa dit souvent en me regardant avec son œil de ski au frêne. Mam’ dit aussi que les grimpettes, la chaleur, les litres de flotte en plus, c’est bien assez difficile et qu’elle se passerait bien d’un boulet en plus… Et là, elle me regarde avec son œil de Chucky tout fou ! Des fois y sont bizarres les parents !

 

Le soir commence à tomber et je suis pas très rassuré du tout… Ca fait déjà depuis ce matin que Papa et Mam’ y sont partis chercher des provisions et qu’y m’ont promis de revenir vite, vite avec des Pepsi bien frais et des glaces Choco-Peanut ! Trop une tuerie ! Mais y reviennent pas…

J’ai trouvé ça bizarre quand même quand ils ont tout démonté la tente et pris toutes leurs affaires pour faire du ravitaillage. Mais Papa m’a expliqué qu’y fallait pas déséquilibrer le vélo ou chais pas quoi… Mais maintenant le soleil se couche… Je commence à avoir un peu de craintif… Pis j’entends des genres de loups qui hurlent… J’ai bien peur, là c’est sûr… J’aimerais qu’ils reviennent…

 

 

Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Euh… Bizarre, hein ! Ce qui se passe dans les mondes parallèles ! Mais… euh… comment dire… ces Pierrot et Béa parallèles ne sont pas vraiment comme nous, hein ?! Pas de méprise ! On n’aurait jamais fait ça, nous… hein ? Pas de méprise ! De toute façon, on n’aurait jamais fait de gosse… hein ? T’as qu’à voir la différence ! Voilà, voilà…

 

Ca devient vraiment flippant ce blog

 

Coin des jeux, énigmes et autres mystères

 

Solution des énigmes précédentes

 

  • Porte clés Tour Effeil :

Bien joué Olive pour la flasque…

  • Physiologie :

En moyenne, sur une journée « classique », je pisse 10 x par jour et jusque 3 x par nuit, ça m’aide à rester affuté…

 

  • Littérature :

Beaucoup ont trouvé (saloperie de google), mais La Vie devant soi est signé E. Ajar et non R. Gary.

 

 

Les nouvelles énigmes :

 

  • Les Américains sont très… « Tape m’en 5 Bro ! » Nous préférons pour notre part un genre de salut dans le même style, mais plus franchouillard… Je ne vous donnerai pas son vrai nom, car vous le retrouveriez facilement sur google. Nous faisons donc ce que j’appellerai pour l’occasion un « Tape m’en 5 la Noiraude ! »

A votre avis en quoi cela consiste t-il ?

 

  • A vous de retrouver le nom de cette fleur bleue. (Nom en anglais, merci).

 

  • A votre avis, depuis que nous sommes partis de Miami, combien de paquets de PQ avons-nous acheté (ou volé, ou récupéré…) ?