2016 : NORVEGE – Balestrand

Et paf, voilà déjà le deuxième post. Vous devez penser, quel voyage initiatique pour avoir autant de choses à raconter, quelles aventures exceptionnelles ont-ils donc encore vécues, quelles rencontres inopinées ont nourries leur soif de connaissance. Euh, ben à vrai dire, il est 10H30 et il pleut comme vache qui pisse depuis qu’on a ouvert un œil. On est posé au bord d’un fjord en camping sauvage, on ne voit pas la rive d’en face.

P1130624la veille au soir

 

P1130629ce matin

 

On attend donc patiemment que le temps se dégage pour faire la rando qui doit nous mener à une langue glaciaire. J’ai peur que ça nous prenne quelques jours.

 

Bon, comme j’aime bien rendre service, vous trouverez ci-dessous quelques conseils pour ceux qui seraient intéressés à venir trainer leurs guêtres dans le secteur. Je m’adresserai plus spécifiquement aux touristes motorisés plutôt qu’aux cyclo-randonneurs qui ne sont pas légion dans le pays. Et on le comprend bien pour les raisons suivantes : 1.relief, 2.climat, 3.mygg.

  1. Depuis que nous sommes arrivés, nous avons traversé le Telemark (oui, c’est de là que vient cette façon rigolote de faire du ski) et le Hardangervidda. Les routes sont montagneuses, très étroites et il peut être difficile de se croiser. Je finis par avoir des courbatures à force de serrer les fesses. Nous avons donc décidé que Pierrot était seul habilité à conduire le fourgon en Norvège. Il y a des lacs partout, surplombés par des sommets qui sont encore quelque fois enneigés. Les moutons se promènent en liberté dans la lande. Dès qu’on descend dans une vallée c’est pour remonter aussitôt sur un autre sommet.

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  1. Bon, faut pas se mentir, on ne va pas en Norvège pour peaufiner son bronzage. Quand il fait 20°, c’est la canicule et le norvégien jardine torse poil pendant que je suis emmitouflée dans ma polaire Quechua pour me protéger du vent frisquet. Comme l’altitude avoisine régulièrement les 1000 mètres, je dirais qu’en moyenne il doit faire 15°. Ajoutez à ça la pluie et le brouillard régulier, ça vous donne un petit aperçu de la situation. Du coup, dès qu’il y a un rayon de soleil, c’est l’allégresse et ça sublime encore plus les paysages.

Pierrot : Tu veux un yaourt ?

Béa : Nan, pas de yaourt, j’ai trop froid…

 

  1. Il survient sans coup férir, on le voit à peine, il ne fait pas de bruit, il n’a pas d’odeur, c’est le mygg. La veille au soir encore, on vaquait à l’extérieur du fourgon au bord de l’eau et le lendemain matin, tu ne sais pas pourquoi, ces bestioles microscopiques arrivent par nuée. Effectivement, ça pique moins que le moustique mais le nombre fait que ça rend tout aussi dingue. On a trouvé du répulsif à mygg en grande surface, mais depuis qu’on l’a on n’a plus subi aucune attaque. On ne pourra donc pas vous informer pour le moment sur l’efficacité du produit.

Voilà, pour ces trois points, on est bien content d’être dans notre fourgon au sec et au chaud et pouvoir profiter pleinement des randos. Car oui, avec la pêche, c’est LE point fort du pays. Et finalement, c’est notre guide de randonnée Rother qui décide pour nous de la destination à prendre. Nous avons donc décidé de nous cantonner au sud du pays, car il y a bien assez à découvrir sur ce secteur.

En général, les circuits sont bien balisés. Par contre, il est conseillé d’avoir des bons mollets. La première ballade, après avoir traversé une zone marécageuse, j’ai dû faire demi tour à mi parcours. Il y avait un passage avec des énormes rochers. On ne se voyait pas vraiment porter Ulysse sur nos épaules pendant 500 mètres en escaladant les rocs. Pierrot est donc monté seul au sommet en suivant une faille qui m’avait l’air somme toute bien casse gueule (rando classée familiale).

P1130416on voit la faille à gauche

 

Béa : C’est juste que, des fois, j’aimerais bien gagner.

Pierrot : Tu sais bien que ça m’énerve quand tu gagnes…

 

Une autre fut magnifique au milieu des alpages, des cascades, des lacs de montagne sous un soleil radieux. Cinq heures de marche, plus les temps de pause, de casse croute, de prise de photos on est lessivé à la fin de la journée.

 

Le lendemain, on repère une ballade de décrassage, classée verte, qui se veut donc archi facile et que j’imagine longer le lac. En tout cas, c’est ce qu’on croyait voir sur la carte. Du coup, pas de sac à dos pour moi, chaussures de rando basses et en avant Guinguamp. Ouah, la vache, au bout de cinq cent mètres, on se retrouve sur un single  track super pentu au milieu des racines et des pierres glissantes. Super sportif, mais on arrive à un pont suspendu au dessus d’une énorme cascade. A nouveau, c’est magique, mais ça se mérite.

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Une autre fois, rando rouge mais classée également « familiale ». Comme elle avait l’air réputé dans le secteur, on met le réveil à 7h du mat pour être peinard. On se bouffe 520m de dénivelé en 4,5km au milieu de la caillasse et des racines. On croise des cascades magnifiques mais on en chie. Comme il a bruiné toute la matinée, le pire reste à venir, et le pire c’est la descente. Je me vautre sur un rocher en m’entaillant la main et en me tordant le genou. Quelques mètres plus loin, Pierrot tente une descente tout shuss sur une plaque de granit en gueulant : « Arrête-moi ! Arrête-moi !!! ». Il s’arrête tout seul en glissant sur le cul, en me faisant une béquille et en flinguant un gant. On se dit alors qu’on est vraiment des chamois des Ardennes ou qu’ils sont complètement barjot de classer cette rando « familiale ». Un quart d’heure après, on croise le flot des touristes qui commencent l’ascension ; et plusieurs fois, La petite famille norvégienne avec des gamins de même pas 6 ans qui crapahutent dans la boue, le papa avec le porte bébé … On est dégouté. A priori, ils sont habitués dès le plus jeune âge à la marche en montagne. Quand on arrive au bout de 5h au fourgon, on est plus ou moins réconforté dans notre orgueil en voyant par deux fois l’hélicoptère des secours s’envoler pour le sommet.

 

Bref, un autre conseil qui peut éventuellement servir c’est que leur critère d’évaluation de difficultés des randos n’est pas forcément le même que le notre. Et je finirai sur cet adage : promeneur occasionnel méfie-toi du circuit rouge et oublie tout de suite le noir.

Béa : Crotte ! Mon papier s’est envolé !

Pierrot : Quel papier ?

Béa : Je ne sais pas…

 

Dernier conseil pour la route. C’est d’ailleurs sur celle-ci qu’on croise de temps en temps des panneaux nous indiquant que le tunnel (et il y en a une paire, le plus long faisant 25kms) à venir est payant. Je sors donc le sac, portefeuille à la main, prête à dégainer à la barrière de péage. Rien, on se dit alors qu’il faut payer après le tunnel. Toujours rien. Une fois, deux fois ??!!?? On se dit qu’on a trop de bol de tomber pile poile sur les routes qui viennent de devenir gratuites. Un léger doute subsiste quand même, alors je reprends le « guide du routard » et lis plus attentivement la section péage. Alors pour info, il faut s’inscrire avant le départ sur un site internet en renseignant son immatriculation et son numéro de carte bancaire. Direct, on est débité de 300KOR et à chaque zone de péage, des caméras filment les plaques et on est directement prélevé. Si jamais, tout n’est pas dépensé sur les 300KOR, le reste nous est reversé par virement au bout de trois mois. Le flic qui nous a arrêtés à Odda pour contrôle des papiers n’a pas jugé utile de nous en informer et a préféré faire le malin en essayant de parler français. J’avoue avoir serré les fesses en espérant qu’Ulysse n’aboie pas à ce moment là.

 

 

  • Copyright

Rappel : les incises en bleu, en gras, italique, et gros caractères (parce que c’est quand même le plus intéressant dans la partie noire) qui reprennent mot pour mot des échanges de notre quotidien sont une idée « empruntée » aux Panardos (cf. le site partirlespiedsdevant.com). Je ne leur avais évidemment pas demandé leur avis. Puisque l’idée était excellente, autant qu’elle serve un humour et un style littéraire qui claquent un peu plus… Imagine-t-on Keith Richards demander à Dick Rivers : « Dis, je peux t’emprunter ton petit riff guitare là, il est sympa… »

Et voilà que bam ! Chose à peine croyable ! Une seconde idée de génie m’a gentiment titillé le rectum à la lecture de ce blog déglingo-vélocouchesque ! Alors que nos deux compadres sont partis sur le trajet de la route de la soie (toujours en vélo couché), ils ont traversé, il y a peu, la Turquie… Bon… Bref… Je ne vais pas non plus tout vous résumer, si ça vous chauffe, allez sur leur site. Toujours est-il qu’en Turquie, ils ont eu la géniale idée de changer de prénom !!! Trop génial ! Comment ça roxe du poney !!! La classe à Dallas ! À la place d’Ophélie et Fred, ils se sont fait appeler Aïcha et Mehmet ! Sans déconner ! J’adore ! Bon, je dois avouer que je n’ai pas vraiment compris pourquoi, mais je trouve ça trop classe !

Du coup, deuxième emprunt de notre part… Et voilà ! Pour ce voyage en Norvège, les Terr’Ailleurs ne s’appellent plus Pierrot et Béa, mais Boubakar et Dolorès !

 

  • Sorry for Nice

Il y a quelques jours, sur un spot à l’écart de la route et qui donne sur un début de fjord, nous sommes rejoints par un camping car norvégien qui se pose à quelques mètres de nous. Bon, ça ne me réjouit pas spécialement, mais si on ne le voit pas, s’ils ne viennent pas m’emprunter du sel et s’ils savent rester silencieux, ça ira… Manque de pot, deux minutes après s’être posé, le gars, une petite septantaine bien portante (un cycliste), passe devant notre fourgon ouvert, nous fait un grand sourire et nous claque un : « Sorry for Nice »…

Béa s’éclipsait discrètement, prétextant une diarrhée aigüe, car depuis le dernier post, elle en a « marre d’avoir l’air con quand je parle anglais »…

Je sors donc seul du fourgon, un peu interloqué. Pourquoi ce gars me parle spécialement de Nice ? A-t-il deviné mon antipathie pour la côte d’Azur ? A-t-il eu vent de toutes les lettres d’insultes que j’envoyais – innocentes gamineries – à sieur Estrosi ? Pourquoi ?

Quand je rencontre des Belges, je ne leur balance pas en pleine fagace : « Désolé pour Charleroi… »

Je lui ai expliqué que nous ne suivions pas l’actualité depuis 4 ou 5 jours et demandé pourquoi « sorry for Nice » ? Et il m’a dit.

 

 

  • Le camping-cariste

Pour revenir à des sujets plus légers et ludiques, donc plus importants, finalement, parlons un peu de cet individu fort intéressant qu’est  le camping-cariste. Plus particulièrement d’un spécimen très étrange… Mais commençons par le début.

Quand il fait gris, moche, et qu’il pleut toute la journée (à peu près la moitié du temps), nous aimons à nous poser dans un coin sympa (pas si facile à trouver) ou dans un chouette petit camping. Ces derniers offrent souvent l’avantage de pouvoir laver son linge, parfois, de permettre d’accéder à internet, mais toujours, de favoriser l’observation – en ethnologue averti – de la populace campinguesque… Un régal !

Les montages de tentes approximatifs, en lisant laborieusement la notice sous une pluie battante m’amusent énormément. Les jeunes amoureux en train de faire chauffer une ignoble polenta sur un camping gaz fatigué en se partageant un minuscule parapluie à deux m’émeuvent et me touchent à tel point que j’en ferais presque trop cuire mon coq au champagne.

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Mais le meilleur, le plus fort, le plus drôle, le plus burlesque, décalé, non-sens, barré, déglingo !!! C’est… roulements de tambour… C’est… le camping-cariste à l’arrosoir !

Imaginez la scène. Vous êtes tranquillou dans votre fourgon, au bord d’une fort belle rivière, dans un petit camping situé sur une presque île quelque part en Norvège. Il a plu toute la journée, alors vous passez le temps en lisant, en jouant au scrabble, en sirotant un petit pinot gris, et en écrivant un tissu de conneries sur un blog sans intérêt en te demandant quels crétins vont bien pouvoir lire ça… Quand tout à coup, à 10 mètres devant toi, vient se garer un rutilant camping car ! Tellement beau qu’on le dirait sorti à l’instant de la cuisse d’une usine allemande !

Intéressé, tu regardes attentivement. Tu es subjugué par la beauté de la bête. Tu te poses des questions :

  • D’où vient-il ?
  • Combien consomme-t-il ?
  • A quoi ressemble l’heureux propriétaire ? Sûrement à un jeune dieu grec…
  • Quelle est la couleur de l’auvent ?
  • A quoi ressemblent ses cales ? Tu vas bientôt le savoir, c’est ce qu’on fait en premier…

Ah ben non… Pas vraiment un dieu grec le petit moustachu à balai dans le cul…

Ah ben non – derechef… Il ne met pas les cales, il sort l’antenne télé…

Bon, ben, pour l’auvent, je ne saurai pas, il préfère rester sous la pluie, on dirait…

Ah, ça y est, il va derrière… Qu’est-ce qu’il fait ? Il enfile des bottes en caoutchouc. Pas con, vu qu’il pleut ! Par contre, c’est vrai qu’en short, c’est pas terrible… Et maintenant, qu’est-ce qu’il fait ? Il sort… Quoi… ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Un arrosoir ! Ouais, c’est bien un arrosoir !

  • Béa ! Regarde ! Regarde ! Y’a un moustachu en short et en bottes qui va remplir son arrosoir au robinet d’à côté !!!
  • Ouais, ouais, c’est bon, respire et calme-toi un peu sur le Pinot…
  • Ça y est, il l’a remplit… Il revient vers son camping car…
  • « Joyaux » sur mot compte double ! Pan ! Dans ta face !
  • Sans déconner ! Il arrose une de ses roues ! On dirait un chien qui pisse sur une bagnole !

Et ça… Pas une, pas deux, pas trois, pas quatre ! Mais bien 7 ou 8 fois dans la demi-heure qui a suivie ! A peu près un arrosoir et demi pour une roue, plus un pour chaque plaque…

 

Depuis, ça fait déjà trois ou quatre fois que

je me demande si je dois acheter un arrosoir. J’ai peur… J’ai peur

 

LE MOMENT JEU (de retour à la demande générale de Raph’)

 

  • La rivière est faite de mon premier
  • La rivière fait mon second
  • On met mon premier dans mon troisième pour faire la vaisselle, mais celui-ci est amputé de sa voyelle initiale
  • Je souhaite un très bon anniversaire à mon tout, même si ce n’est que demain !